SI DEUX CONSONNES FORMENT UN ANGLE AIGU, IL SUFFIT DE L'ARRONDIR LÉGÈREMENT

2023 - 2025
Art infiltrant. Recherche collaborative. Dessins de conversations.
07 mai au 07 juin 2025
Une intervention commissariale à la Galerie UQO (2023-2025) : dévoilement
Exposition de groupe. Commissariée par Patrice Loubier.
Galerie UQO, Gatineau CA

15 dessins de conversations
15 cyanotypes de dessins de conversations
8 photographies des impressions cynatyopes infiltrant les bureaux
Meuble à serveur informatique converti en table à dessin et meuble-archive
Transcriptions sténographiques des réunions
Manuel de sténographie hérité de ma grand-mère

Sur le site internet de la Galerie UQO
Balado par la Galerie UQO sur le projet avec Simon Beaudry et Marie-Hélène Leblanc
Compte rendu de l'exposition par Steve Giasson dans Esse
L'artiste remercie le Conseil des arts et des lettres du Québec pour le soutien financier.

Le projet d’Anouk Verviers s’inscrit dans la foulée de sa recherche sur le système d’éducation, menée depuis 2018 à travers plusieurs résidences et expositions (sous le titre d’Au milieu des bureaux empilés). Mais plutôt que de recueillir les témoignages d’étudiants·e d’écoles secondaires sur leur expérience de ce système comme jusqu’ici, l’artiste intervient dans une université, en assistant à deux séries de réunions : celles des cadres du Vice-rectorat à la recherche, à la création, aux partenariats et à l'internationalisation de l'UQO (VRRCPI), auxquelles prend part la Galerie UQO, et celles de l’équipe de la Galerie.

À titre d’observatrice admise à ces rencontres, Anouk Verviers recourt à une écriture sténographique qu’elle a spécialement élaborée pour noter sur le vif non pas le contenu des propos qui s’y tiennent (comme cette technique de transcription abrégée sert à le faire dans des cours de justice ou au Sénat canadien), mais plutôt la forme et la teneur de ces échanges. Les symboles sténographiques qu’elle a développés servent à transcrire des « modes d’utilisation du langage » plutôt que des paroles, « c’est-à-dire des attitudes, des tons de voix, des regards échangés, des modes d’adresse », comme l’explique l’artiste. L’ensemble de ces symboles et leur signification respective sont présentés dans le premier des quatre babillards.

Quant à elles, les transcriptions anonymisées de ces réunions figurent dans des carnets rangés dans le meuble conçu par l’artiste pour l’accompagner dans l’élaboration du projet (qu’il est possible de consulter en s’adressant au personnel de la Galerie). L’artiste fabrique en effet des mobiliers spécialement adaptés aux projets qui l’amènent à se déplacer dans divers milieux pour rencontrer des communautés. Le chariot créé pour Si deux consonnes…, une armoire à serveurs informatiques récupérée et convertie, sert à la fois de plan de travail pour dessiner, de coffre à outils et de cabinet de rangement pour les œuvres réalisés pendant le projet.

Par ailleurs, les transcriptions anonymisées de ces réunions ont donné lieu à la réalisation d’une nouvelle série de 15 « dessins de conversation » et de 15 impressions cyanotypes. Dans ces œuvres aux allures de diagramme et de dessin industriel, les interlocuteurs·trices sont représenté.es par un arc de cercle situé sur l’un des trois plans superposés correspondant au niveau de leur poste ; chaque droite tracée d’un arc de cercle à un autre équivaut à une réplique adressée par une personne à une autre ; les lignes convergeant vers le point central de chaque dessin indiquent des paroles adressées à l’ensemble du groupe. Enfin, l’épaisseur variable des lignes traduit la nature des interventions ; plus une réplique est d’un type nuisant à la dynamique de groupe, plus la ligne est épaisse.

Ces œuvres seront exposées en rotation dans les trois babillards, mais le public pourra en tout temps demander l’assistance du personnel de la Galerie pour consulter celles qui seront entre-temps rangées dans le meuble conçu par Anouk Verviers pour ce projet.

Enfin, quelques photographies montrent les duplicatas de ces œuvres, installées en catimini dans les bureaux respectifs des membres du VRRCPI peu de temps avant la dernière réunion du comité en mars dernier. Les membres du comité ont pu enfin découvrir les œuvres patiemment élaborées par l’artiste à partir de l’observation de leurs rencontres, faisant qui plus est l’objet d’une exposition-surprise leur étant destinée en primeur.

En assistant durant plus de deux ans aux rencontres du VRRCPI et aux réunions de l’équipe de la Galerie UQO pour transposer les échanges de leurs participant·es dans ses dessins de conversation, Anouk Verviers a fait de la réalité concrète du travail de la Galerie (et, à travers elle, des activités d’un vice-rectorat auxquelles elle prend part) la matière et le contexte d’une création artistique inédite.

- Texte par Patrice Loubier

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